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  <title>Les Liaisons Dangereuses</title>
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    <title>If you enjoyed Les Liaisons, come and read Mansfield Park</title>
    <published>2007-06-13T17:16:47Z</published>
    <updated>2007-06-13T17:16:47Z</updated>
    <content type="html">&lt;span class='ljuser' lj:user='episodical' style='white-space: nowrap;'&gt;&lt;a href='http://community.livejournal.com/episodical/profile'&gt;&lt;img src='http://p-stat.livejournal.com/img/community.gif' alt='[info]' width='16' height='16' style='vertical-align: bottom; border: 0; padding-right: 1px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href='http://community.livejournal.com/episodical/'&gt;&lt;b&gt;episodical&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; has just been launched.  This community will be used to for posting novels, a chapter at a time, to be read and discussed. Our first novel will be Jane Austen's controversial &lt;i&gt;Mansfield Park&lt;/i&gt;, a tale of character and sensibility, marriage and class, wit and social critique. The reading will start on Monday 18 June and two or three chapters will be posted per week, along with links to a free audio recording so that you can listen along as well if you like.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Come and join us, and feel free to spread the word!</content>
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    <title>A plea for research</title>
    <published>2007-01-22T18:50:19Z</published>
    <updated>2007-01-22T18:50:56Z</updated>
    <category term="admin"/>
    <content type="html">&lt;span class='ljuser' lj:user='retrospection_' style='white-space: nowrap;'&gt;&lt;a href='http://users.livejournal.com/retrospection_/profile'&gt;&lt;img src='http://p-stat.livejournal.com/img/userinfo.gif' alt='[info]' width='17' height='17' style='vertical-align: bottom; border: 0; padding-right: 1px;' /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href='http://users.livejournal.com/retrospection_/'&gt;&lt;b&gt;retrospection_&lt;/b&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href="http://community.livejournal.com/gothic_lit/54461.html"&gt;is carrying out some research&lt;/a&gt; on the hypertext readings of texts such as we conducted with &lt;i&gt;Les Liaisons Dangereuses&lt;/i&gt; here, so if you took part in any way, even if you just read along silently, she'd love to hear from you.</content>
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    <title>Note de l'éditeur</title>
    <published>2007-01-15T15:50:48Z</published>
    <updated>2007-01-15T15:50:48Z</updated>
    <category term="editeur"/>
    <content type="html">Des raisons particulières et des considérations que nous nous ferons toujours un devoir de respecter nous forcent de nous arrêter ici.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous ne pouvons, dans ce moment, ni donner au Lecteur la suite des aventures de Mademoiselle de Volanges, ni lui faire connaître les sinistres événements qui ont comblé les malheurs ou achevé la punition de Madame de Merteuil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peut-être quelque jour nous sera-t-il permis de compléter cet ouvrage; mais nous ne pouvons prendre aucun engagement à ce sujet: et quand nous le pouvons, nous croirions encore devoir auparavant consulter le goût du Public, qui n'a pas les mêmes raisons que nous de s'intéresser à cette lecture.</content>
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    <title>Lettre CLXXV: Madame de Volanges à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2007-01-15T15:48:56Z</published>
    <updated>2007-01-15T15:52:34Z</updated>
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    <category term="volanges"/>
    <category term="volanges-to-rosemonde"/>
    <content type="html">Le sort de Madame de Merteuil paraît enfin rempli, ma chère et digne amie, et il est tel que ses plus grands ennemis sont partagés entre l'indignation qu'elle mérite, et la pitié qu'elle inspire. J'avais bien raison de dire que ce serait peut-être un bonheur pour elle de mourir de sa petite vérole. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Elle en est revenue, il est vrai, mais affreusement défigurée; et elle y a particulièrement perdu un oeil. Vous jugez bien que je ne l'ai pas revue: mais on m'a dit qu'elle était vraiment hideuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Marquis de ***, qui ne perd pas l'occasion de dire une méchanceté, disait hier, en parlant d'elle, que la maladie l'avait retournée, et qu'à présent son âme était sur sa figure. Malheureusement tout le monde trouva que l'expression était juste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un autre événement vient d'ajouter encore à ses disgrâces et à ses torts. Son procès a été jugé avant-hier, et elle l'a perdu tout d'une voix. Dépens, dommages et intérêts, restitution des fruits, tout a été adjugé aux mineurs: en sorte que le peu de sa fortune qui n'était pas compromis dans ce procès est absorbé, et au-delà, par les frais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aussitôt qu'elle a appris cette nouvelle, quoique malade encore, elle a fait ses arrangements, et est partie seule dans la nuit et en poste. Ses Gens disent, aujourd'hui, qu'aucun d'eux n'a voulu la suivre. On croit qu'elle a pris la route de la Hollande.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce départ fait plus crier encore que tout le reste; en ce qu'elle a emporté ses diamants, objet très considérable, et qui devait rentrer dans la succession de son mari; son argenterie, ses bijoux; enfin, tout ce qu'elle a pu; et qu'elle laisse après elle pour près de 50000 livres de dettes. C'est une véritable banqueroute.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La famille doit s'assembler demain pour voir à prendre des arrangements avec les créanciers. Quoique parente bien éloignée, j'ai offert d'y concourir: mais je ne me trouverai pas à cette assemblée, devant assister à une cérémonie plus triste encore. Ma fille prend demain l'habit de Postulante. J'espère que vous n'oubliez pas, ma chère amie, que dans ce grand sacrifice que je fais, je n'ai d'autre motif, pour m'y croire obligée, que le silence que vous avez gardé vis- à-vis de moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. Danceny a quitté Paris, il y a près de quinze jours. On dit qu'il va passer à Malte, et qu'il a le projet de s'y fixer. Il serait peut-être encore temps de le retenir?... Mon amie!... ma fille est donc bien coupable?... Vous pardonnerez sans doute à une mère de ne céder que difficilement à cette affreuse certitude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quelle fatalité s'est donc répandue autour de moi depuis quelque temps, et m'a frappée dans les objets les plus chers! Ma fille, et mon amie!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule liaison dangereuse! et quelles peines ne s'éviterait-on point en y réfléchissant davantage! Quelle femme ne fuirait pas au premier propos d'un séducteur? Quelle mère pourrait, sans trembler, voir une autre personne qu'elle parler à sa fille? Mais ces réflexions tardives n'arrivent jamais qu'après l'événement; et l'une des plus importantes vérités, comme aussi peut-être des plus généralement reconnues, reste étouffée et sans usage dans le tourbillon de nos mœurs inconséquentes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma chère et digne amie; j'éprouve en ce moment que notre raison, déjà si insuffisante pour prévenir nos malheurs, l'est encore davantage pour nous en consoler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 14 janvier 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXXIV: Le Chevalier Danceny à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-12-26T09:44:57Z</published>
    <updated>2006-12-26T09:44:57Z</updated>
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    <content type="html">Vous avez raison, Madame, et sûrement je ne vous refuserai rien de ce qui dépendra de moi, et à quoi vous paraîtrez attacher quelque prix. Le paquet que j'ai l'honneur de vous adresser contient toutes les lettres de Mademoiselle de Volanges. Si vous les lisez, vous ne verrez peut-être pas sans étonnement qu'on puisse réunir tant d'ingénuité et tant de perfidie. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;C'est, au moins, ce qui m'a frappé le plus dans la dernière lecture que je viens d'en faire. Mais surtout, peut-on se défendre de la plus vive indignation contre Madame de Merteuil, quand on se rappelle avec quel affreux plaisir elle a mis tous ses soins à abuser de tant d'innocence et de candeur?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non, je n'ai plus d'amour. Je ne conserve rien d'un sentiment si indignement trahi; et ce n'est pas lui qui me fait chercher à justifier Mademoiselle de Volanges. Mais cependant, ce cœur si simple, ce caractère si doux et si facile, ne se seraient-ils pas portés au bien, plus aisément encore qu'ils ne se sont laissés entraîner vers le mal? Quelle jeune personne, sortant de même du Couvent, sans expérience et presque sans idées, et ne portant dans le monde, comme il arrive presque toujours alors, qu'une égale ignorance du bien et du mal; quelle jeune personne, dis-je, aurait pu résister davantage à de si coupables artifices? Ah! pour être indulgent, il suffit de réfléchir à combien de circonstances indépendantes de nous tient l'alternative effrayante de la délicatesse, ou de la dépravation de nos sentiments. Vous me rendiez donc justice, Madame, en pensant que les torts de Mademoiselle de Volanges, que j'ai sentis bien vivement ne m'inspirent pourtant aucune idée de vengeance. C'est bien assez d'être obligé de renoncer à l'aimer! il m'en coûterait trop de la haïr.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n'ai eu besoin d'aucune réflexion pour désirer que tout ce qui la concerne, et qui pourrait lui nuire, restât à jamais ignoré de tout le monde. Si j'ai paru différer quelque temps de remplir vos désirs à cet égard, je crois pouvoir ne pas vous en cacher le motif; j'ai voulu auparavant être sûr que je ne serais point inquiété sur les suites de ma malheureuse affaire. Dans un temps où je demandais votre indulgence, où j'osais même croire y avoir quelques droits, j'aurais craint d'avoir l'air de l'acheter en quelque sorte par cette condescendance de ma part; et, sûr de la pureté de mes motifs, j'ai eu, je l'avoue, l'orgueil de vouloir que vous ne pussiez en douter. J'espère que vous pardonnerez cette délicatesse, peut-être trop susceptible, à la vénération que vous m'inspirez, au cas que je fais de votre estime.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le même sentiment me fait vous demander, pour dernière grâce, de vouloir bien me faire savoir si vous jugez que j'aie rempli tous les devoirs qu'ont pu m'imposer les malheureuses circonstances dans lesquelles je me suis trouvé. Une fois tranquille sur ce point; mon parti est pris; je pars pour Malte: j'irai y faire avec plaisir, et y garder religieusement, des vœux qui me sépareront d'un monde dont, si jeune encore, j'ai déjà eu tant à me plaindre; j'irai enfin chercher à perdre, sous un ciel étranger, l'idée de tant d'horreurs accumulées, et dont le souvenir ne pourrait qu'attrister et flétrir mon âme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis avec respect, Madame, votre très humble, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 26 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXXIII: Madame de Volanges à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-12-18T15:09:18Z</published>
    <updated>2006-12-18T15:09:18Z</updated>
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    <content type="html">Oh! mon amie! de quel voile effrayant vous enveloppez le sort de ma fille! et vous paraissez craindre que je ne tente de le soulever! Que me cache-t-il donc qui puisse affliger davantage le cœur d'une mère, que les affreux soupçons auxquels vous me livrez? &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Plus je connais votre amitié, votre indulgence, et plus mes tourments redoublent: vingt fois, depuis hier, j'ai voulu sortir de ces cruelles incertitudes, et vous demander de m'instruire sans ménagement et sans détour; et chaque fois j'ai frémi de crainte, en songeant à la prière que vous me faites de ne pas vous interroger. Enfin, je m'arrête à un parti qui me laisse encore quelque espoir; et j'attends de votre amitié que vous ne vous refuserez pas à ce que je désire: c'est de me répondre si j'ai à peu près compris ce que vous pouviez avoir à me dire; de ne pas craindre de m'apprendre tout ce que l'indulgence maternelle peut couvrir, et qui n'est pas impossible à réparer. Si mes malheurs excèdent cette mesure, alors je consens à vous laisser en effet ne vous expliquer que par votre silence: voici donc ce que j'ai su déjà, et jusqu'où mes craintes peuvent s'étendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma fille a montré avoir quelque goût pour le Chevalier Danceny, et j'ai été informée qu'elle a été jusqu'à recevoir des lettres de lui, et même jusqu'à lui répondre; mais je croyais être parvenue à empêcher que cette erreur d'un enfant n'eût aucune suite dangereuse: aujourd'hui que je crains tout, je conçois qu'il serait possible que ma surveillance eût été trompée, et je redoute que ma fille, séduite, n'ait mis le comble à ses égarements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me rappelle encore plusieurs circonstances qui peuvent fortifier cette crainte. Je vous ai mandé que ma fille s'était trouvée mal à la nouvelle du malheur arrivé à M. de Valmont; peut-être cette sensibilité avait-elle seulement pour objet l'idée des risques que M. Danceny avait courus dans ce combat. Quand depuis elle a tant pleuré en apprenant tout ce qu'on disait de Madame de Merteuil, peut-être ce que j'ai cru la douleur et l'amitié n'était que l'effet de la jalousie, ou du regret de trouver son Amant infidèle. Sa dernière démarche peut encore, ce me semble, s'expliquer par le même motif. Souvent on se croit appelée à Dieu, par cela seul qu'on se sent révoltée contre les hommes. Enfin, en supposant que ces faits soient vrais, et que vous en soyez instruite, vous aurez pu, sans doute, les trouver suffisants pour autoriser le conseil rigoureux que vous me donnez.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, s'il était ainsi, en blâmant ma fille, je croirais pourtant lui devoir encore de tenter tous les moyens de lui sauver les tourments et les dangers d'une vocation illusoire et passagère. Si M. Danceny n'a pas perdu tout sentiment d'honnêteté, il ne se refusera pas à réparer un tort dont lui seul est l'auteur, et je peux croire enfin que le mariage de ma fille est assez avantageux, pour qu'il puisse en être flatté, ainsi que sa famille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà, ma chère et digne amie, le seul espoir qui me reste; hâtez-vous de le confirmer, si cela vous est possible. Vous jugez combien je désire que vous me répondiez, et quel coup affreux me porterait votre silence.&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'allais fermer ma lettre, quand un homme de ma connaissance est venu me voir, et m'a raconté la cruelle scène que Madame de Merteuil a essuyée avant-hier. Comme je n'ai vu personne tous ces jours derniers, je n'avais rien su de cette aventure; en voilà le récit, tel que je le tiens d'un témoin oculaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Madame de Merteuil, en arrivant de la campagne, avant-hier Jeudi, s'est fait descendre à la Comédie Italienne, où elle avait sa loge; elle y était seule, et, ce qui dut lui paraître extraordinaire, aucun homme ne s'y présenta pendant tout le spectacle. A la sortie, elle entra, suivant son usage, au petit salon, qui était déjà rempli de monde; sur-le-champ il s'éleva une rumeur, mais dont apparemment elle ne se crut pas l'objet. Elle aperçut une place vide sur l'une des banquettes, et elle alla s'y asseoir; mais aussitôt toutes les femmes qui y étaient déjà se levèrent comme de concert, et l'y laissèrent absolument seule. Ce mouvement marqué d'indignation générale fut applaudi de tous les hommes, et fit redoubler les murmures, qui, dit-on, allèrent jusqu'aux huées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour que rien ne manquât à son humiliation, son malheur voulut que M. de Prévan, qui ne s'était montré nulle part depuis son aventure, entrât dans le même moment dans le petit salon. Dès qu'on l'aperçut, tout le monde, hommes et femmes, l'entoura et l'applaudit; et il se trouva, pour ainsi dire, porté devant Madame de Merteuil, par le public qui faisait cercle autour d'eux. On assure que celle-ci a conservé l'air de ne rien voir et de ne rien entendre, et qu'elle n'a pas changé de figure! mais je. crois ce fait exagéré. Quoi qu'il en soit, cette situation, vraiment ignominieuse pour elle, a duré jusqu'au moment où on a annoncé sa voiture; et à son départ, les huées scandaleuses ont encore redoublé. Il est affreux de se trouver parente de cette femme. M. de Prévan a été, le même soir, fort accueilli de tous ceux des Officiers de son Corps qui se trouvaient là, et on ne doute pas qu'on ne lui rende bientôt son emploi et son rang.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La même personne qui m'a fait ce détail m'a dit que Madame de Merteuil avait pris la nuit suivante une très forte fièvre, qu'on avait cru d'abord être l'effet de la situation violente où elle s'était trouvée; mais qu'on sait depuis hier au soir, que la petite vérole s'est déclarée, confluente et d'un très mauvais caractère. En vérité, ce serait, je crois, un bonheur pour elle d'en mourir. On dit encore que toute cette aventure lui fera peut-être beaucoup de tort pour son procès, qui est près d'être jugé, et dans lequel on prétend qu'elle avait besoin de beaucoup de faveur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma chère et digne amie. Je vois bien dans tout cela les méchants punis; mais je n'y trouve nulle consolation pour leurs malheureuses victimes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 18 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="left"&gt;&lt;small&gt;1 Cette lettre est restée sans réponse&lt;/small&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXXII: Madame de Rosemonde à Madame de Volanges</title>
    <published>2006-12-15T19:47:56Z</published>
    <updated>2006-12-15T19:47:56Z</updated>
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    <content type="html">Si j'avais été obligée, ma chère amie, de faire venir et d'attendre de Paris les éclaircissements que vous me demandez concernant Madame de Merteuil, il ne me serait pas possible de vous les donner encore; et sans doute, je n'en aurais reçu que de vagues et d'incertains: mais il m'en est venu que je n'attendais pas, que je n'avais pas lieu d'attendre; et ceux-là n'ont que trop de certitude. Ô mon amie, combien cette femme vous a trompée!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Je répugne à entrer dans aucun détail sur cet amas d'horreurs; mais quelque chose qu'on en débite, assurez-vous qu'on est encore au-dessous de la vérité. J'espère, ma chère amie, que vous me connaissez assez pour me croire sur ma parole, et que vous n'exigerez de moi aucune preuve. Qu'il vous suffise de savoir qu'il en existe une foule, que j'ai dans ce moment même entre les mains.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n'est pas sans une peine extrême que je vous fais la même prière de ne pas m'obliger à motiver le conseil que vous me demandez, relativement à Mademoiselle de Volanges. Je vous invite à ne pas vous opposer à la vocation qu'elle montre. Sûrement nulle raison ne peut autoriser à forcer de prendre cet état, quand le sujet n'y est pas appelé; mais quelquefois c'est un grand bonheur qu'il le soit; et vous voyez que votre fille elle-même vous dit que vous ne la désapprouveriez pas, si vous connaissiez ses motifs. Celui qui nous inspire nos sentiments sait mieux que notre vaine sagesse ce qui convient à chacun; et souvent, ce qui paraît un acte de sa sévérité en est au contraire un de sa clémence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, mon avis, que je sens bien qui vous affligera, et que par là même vous devez croire que je ne vous donne pas sans y avoir beaucoup réfléchi, est que vous laissiez Mademoiselle de Volanges au Couvent, puisque ce parti est de son choix; que vous encouragiez, plutôt que de contrarier, le projet qu'elle paraît avoir formé; et que dans l'attente de son exécution, vous n'hésitiez pas à rompre le mariage que vous aviez arrêté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après avoir rempli ces pénibles devoirs de l'amitié, et dans l'impuissance où je suis d'y joindre aucune consolation, la grâce qui me reste à vous demander, ma chère amie, est de ne plus m'interroger sur rien qui ait rapport à ces tristes événements: laissons-les dans l'oubli qui leur convient; et sans chercher d'inutiles et d'affligeantes lumières, soumettons-nous aux décrets de la Providence, et croyons à la sagesse de ses vues, lors même qu'elle ne nous permet pas de les comprendre. Adieu, ma chère amie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Du Château de..., ce 15 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXXI: Madame de Rosemonde au Chevalier Danceny</title>
    <published>2006-12-15T12:05:25Z</published>
    <updated>2006-12-15T12:05:25Z</updated>
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    <category term="rosemonde"/>
    <category term="to-danceny"/>
    <content type="html">Après ce que vous m'avez fait connaître, Monsieur, il ne reste qu'à pleurer et qu'à se taire. On regrette de vivre encore, quand on apprend de pareilles horreurs; on rougit d'être femme, quand on en voit une capable de semblables excès.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Je me prêterai volontiers, Monsieur, pour ce qui me concerne, à laisser dans le silence et l'oubli tout ce qui pourrait avoir trait et donner suite à ces tristes événements. Je souhaite même qu'ils ne vous causent jamais d'autres chagrins que ceux inséparables du malheureux avantage que vous avez remporté sur mon neveu. Malgré ses torts, que je suis forcée de reconnaître, je sens que je ne me consolerai jamais de sa perte: mais mon éternelle affliction sera la seule vengeance que je me permettrai de tirer de vous; c'est à votre cœur à en apprécier l'étendue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si vous permettez à mon âge une réflexion qu'on ne fait guère au vôtre, c'est que, si on était éclairé sur son véritable bonheur, on ne le chercherait jamais hors des bornes prescrites par les Lois et la Religion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous pouvez être sûr que je garderai fidèlement et volontiers le dépôt que vous m'avez confié; mais je vous demande de m'autoriser à ne le remettre à personne, pas même à vous, Monsieur, à moins qu'il ne devienne nécessaire à votre justification. J'ose croire que vous ne vous refuserez pas à cette prière et que vous n'êtes plus à sentir qu'on gémit souvent de s'être livré même à la plus juste vengeance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne m'arrête pas dans mes demandes, persuadée que je suis de votre générosité et de votre délicatesse; il serait bien digne de toutes deux de remettre aussi entre mes mains les Lettres de Mademoiselle de Volanges, qu'apparemment vous avez conservées, et qui sans doute ne vous intéressent plus. Je sais que cette jeune personne a de grands torts avec vous: mais je ne pense pas que vous songiez à l'en punir; et ne fût-ce que par respect pour vous-même, vous n'avilirez pas l'objet que vous avez tant aimé. Je n'ai donc pas besoin d'ajouter que les égards que la fille ne mérite pas sont au moins bien dus à la mère, à cette femme respectable, vis-à-vis de qui vous n'êtes pas sans avoir beaucoup à réparer: car enfin, quelque illusion qu'on cherche à se faire par une prétendue délicatesse de sentiments, celui qui le premier tente de séduire un cœur encore honnête et simple se rend par là même le premier fauteur de sa corruption, et doit être à jamais comptable des excès et des égarements qui la suivent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ne vous étonnez pas, Monsieur, de tant de sévérité de ma part; elle est la plus grande preuve que je puisse vous donner de ma parfaite estime. Vous y acquerrez de nouveaux droits encore, en vous prêtant, comme je le désire, à la sûreté d'un secret, dont la publicité vous ferait tort à vous-même, et porterait la mort dans un cœur maternel, que déjà vous avez blessé. Enfin, Monsieur, je désire de rendre ce service à mon amie; et si je pouvais craindre que vous me refusassiez cette consolation, je vous demanderais de songer auparavant que c'est la seule que vous m'ayez laissée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai l'honneur d'être, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Du Château de..., ce 15 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXX: Madame de Volanges à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-12-13T18:36:23Z</published>
    <updated>2006-12-13T18:36:23Z</updated>
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    <content type="html">Je marche, ma chère amie, de surprise en surprise, et de chagrin en chagrin. Il faut être mère, pour avoir l'idée de ce que j'ai souffert hier toute la matinée; et si mes plus cruelles inquiétudes ont été calmées depuis, il me reste encore une vive affliction, et dont je ne prévois pas la fin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Hier, vers dix heures du matin, étonnée de ne pas avoir encore vu ma fille, j'envoyai ma Femme de chambre pour savoir ce qui pouvait occasionner ce retard. Elle revint le moment d'après fort effrayée, et m'effraya bien davantage, en m'annonçant que ma fille n'était pas dans son appartement; et que depuis le matin sa Femme de chambre ne l'y avait pas trouvée. Jugez de ma situation! Je fis venir tous mes Gens, et surtout mon Portier: tous me jurèrent ne rien savoir et ne pouvoir rien m'apprendre sur cet événement. Je passai aussitôt dans la chambre de ma fille. Le désordre qui y régnait m'apprit bien qu'apparemment elle n'était sortie que le matin: mais je n'y trouvai d'ailleurs aucun éclaircissement. Je visitai ses armoires, son secrétaire; je trouvai tout à sa place et toutes ses hardes, à la réserve de la robe avec laquelle elle était sortie. Elle n'avait seulement pas pris le peu d'argent qu'elle avait chez elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme elle n'avait appris qu'hier tout ce qu'on dit de Madame de Merteuil, qu'elle lui est fort attachée, et au point même qu'elle n'avait fait que pleurer toute la soirée; comme je me rappelais aussi qu'elle ne savait pas que Madame de Merteuil était à la campagne, ma première idée fut qu'elle avait voulu voir son amie, et qu'elle avait fait l'étourderie d'y aller seule. Mais le temps qui s'écoulait sans qu'elle revînt me rendit toutes mes inquiétudes. Chaque moment augmentait ma peine, et tout en brûlant de m'instruire, je n'osais pourtant prendre aucune information, dans la crainte de donner de l'éclat à une démarche, que peut-être je voudrais après pouvoir cacher à tout le monde. Non, de ma vie je n'ai tant souffert!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, ce ne fut qu'à deux heures passées que je reçus à la fois une lettre de ma fille, et une de la Supérieure du Couvent de ... La lettre de ma fille disait seulement qu'elle avait craint que je ne m'opposasse à la vocation qu'elle avait de se faire Religieuse, et qu'elle n'avait pas osé m'en parler: le reste n'était que des excuses sur ce qu'elle avait pris, sans ma permission, ce parti, que je ne désapprouverais sûrement pas, ajoutait-elle, si je connaissais ses motifs, que pourtant elle me priait de ne pas lui demander.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Supérieure me mandait qu'ayant vu arriver une jeune personne seule, elle avait d'abord refusé de la recevoir; mais que l'ayant interrogée, et ayant appris qui elle était, elle avait cru me rendre service, en commençant par donner asile à ma fille, pour ne pas l'exposer à de nouvelles courses, auxquelles elle paraissait déterminée. La Supérieure, en m'offrant comme de raison de me remettre ma fille, si je la redemandais, m'invite, suivant son état, à ne pas m'opposer à une vocation qu'elle appelle si décidée elle me disait encore n'avoir pas pu m'informer plus tôt de cet événement, par la peine qu'elle avait eue à me faire écrire par ma fille, dont le projet était que tout le monde ignorât où elle s'était retirée. C'est une cruelle chose que la déraison des enfants!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai été sur-le-champ à ce Couvent; et après avoir vu la Supérieure, je lui ai demandé de voir ma fille; celle-ci n'est venue qu'avec peine, et bien tremblante. Je lui ai parlé devant les Religieuses et je lui ai parlé seule; tout ce que j'en ai pu tirer au milieu de beaucoup de larmes est qu'elle ne pouvait être heureuse qu'au Couvent; j'ai pris le parti de lui permettre d'y rester, mais sans être encore au rang des Postulantes, comme elle le demandait. Je crains que la mort de Madame de Tourvel et celle de M. de Valmont n'aient trop affecté cette jeune tête. Quelque respect que j'aie pour la vocation religieuse, je ne verrais pas sans peine, et même sans crainte, ma fille embrasser cet état. Il me semble que nous avons déjà assez de devoirs à remplir sans nous en créer de nouveaux; et encore, que ce n'est guère à cet âge que nous savons ce qui nous convient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui redouble mon embarras, c'est le retour très prochain de M. de Gercourt; faudra-t-il rompre ce mariage si avantageux? Comment donc faire le bonheur de ses enfants, s'il ne suffit pas d'en avoir le désir et d'y donner tous ses soins? Vous m'obligerez beaucoup de me dire ce que vous feriez à ma place; je ne peux m'arrêter à aucun parti; je ne trouve rien de si effrayant que d'avoir à décider du sort des autres, et je crains également de mettre dans cette occasion-ci la sévérité d'un juge ou la faiblesse d'une mère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me reproche sans cesse d'augmenter vos chagrins, en vous parlant des miens; mais je connais votre cœur: la consolation que vous pourriez donner aux autres deviendrait pour vous la plus grande que vous pussiez recevoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma chère et digne amie: j'attends vos deux réponses avec bien de l'impatience.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 13 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXIX: Le Chevalier Danceny à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-12-12T17:56:33Z</published>
    <updated>2006-12-12T17:56:33Z</updated>
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    <content type="html">Madame,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peut-être trouverez-vous la démarche que je fais aujourd'hui, bien étrange: mais je vous en supplie, écoutez-moi avant de me juger, et ne voyez ni audace ni témérité, où il n'y a que respect et confiance. Je ne me dissimule pas les torts que j'ai vis-à-vis de vous; et je ne me les pardonnerais de ma vie, si je pouvais penser un moment qu'il m'eût été possible d'éviter de les avoir. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Soyez même bien persuadée, Madame, que pour me trouver exempt de reproches, je ne le suis pas de regrets; et je peux ajouter encore avec sincérité que ceux que je vous cause entrent pour beaucoup dans ceux que je ressens. Pour croire à ces sentiments dont j'ose vous assurer, il doit vous suffire de vous rendre justice, et de savoir que, sans avoir l'honneur d'être connu de vous, j'ai pourtant celui de vous connaître.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, quand je gémis de la fatalité qui a causé à la fois vos chagrins et mes malheurs, on veut me faire craindre que, tout entière à votre vengeance, vous ne cherchiez les moyens de la satisfaire, jusque dans la sévérité des lois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Permettez-moi d'abord de vous observer à ce sujet, qu'ici votre douleur vous abuse, puisque mon intérêt sur ce point est essentiellement lié à celui de M. de Valmont, et qu'il se trouverait enveloppé lui-même dans la condamnation que vous auriez provoquée contre moi. Je croirais donc, Madame, pouvoir au contraire compter plutôt de votre part sur des secours que sur des obstacles, dans les soins que je pourrais être obligé de prendre pour que ce malheureux événement restât enseveli dans le silence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais cette ressource de complicité, qui convient également au coupable et à l'innocent, ne peut suffire à ma délicatesse: en désirant de vous écarter comme partie, je vous réclame comme mon Juge. L'estime des personnes qu'on respecte est trop précieuse pour que je me laisse ravir la vôtre sans la défendre, et je crois en avoir les moyens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, si vous convenez que la vengeance est permise, disons mieux, qu'on se la doit, quand on a été trahi dans son amour, dans son amitié, et surtout, dans sa confiance; si vous en convenez, mes torts vont disparaître à vos yeux. N'en croyez pas mes discours mais lisez, si vous en avez le courage, la correspondance que je dépose entre vos mains.&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt; La quantité de lettres qui s'y trouvent en original paraît rendre authentiques celles dont il n'existe que des copies. Au reste, j'ai reçu ces papiers, tels que j'ai l'honneur de vous les adresser, de M. de Valmont lui-même. Je n'y ai rien ajouté, et je n'en ai distrait que deux lettres que je me suis permis de publier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/24338.html"&gt;L'une&lt;/a&gt; était nécessaire à la vengeance commune de M. de Valmont et de moi, à laquelle nous avions droit tous deux, et dont il m'avait expressément chargé. J'ai cru de plus que c'était rendre service à la société que de démasquer une femme aussi réellement dangereuse que l'est Madame de Merteuil, et qui, comme vous pourrez le voir, est la seule, la véritable cause de tout ce qui s'est passé entre M. de Valmont et moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un sentiment de justice m'a porté aussi à publier &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/25409.html"&gt;la seconde&lt;/a&gt; pour la justification de M. de Prévan, que je connais à peine, mais qui n'avait aucunement mérité le traitement rigoureux qu'il vient d'éprouver, ni la sévérité des jugements du public, plus redoutable encore, et sous laquelle il gémit depuis ce temps, sans avoir rien pour s'en défendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous ne trouverez donc que la copie de ces deux lettres, dont je me dois de garder les originaux. Pour tout le reste, je ne crois pas pouvoir remettre en de plus sûres mains un dépôt qu'il m'importe peut-être qui ne soit pas détruit, mais dont je rougirais d'abuser. Je crois, Madame, en vous confiant ces papiers, servir aussi bien les personnes qu'ils intéressent, qu'en les leur remettant à elles-mêmes; et je leur sauve l'embarras de les recevoir de moi, et de me savoir instruit d'aventures, que sans doute elles désirent que tout le monde ignore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je crois devoir vous prévenir à ce sujet que cette correspondance ci-jointe n'est qu'une partie d'une collection bien plus volumineuse, dont M. de Valmont l'a tirée en ma présence, et que vous devez retrouver à la levée des scellés, sous le titre, que j'ai vu, de&lt;i&gt; Compte ouvert entre la Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont. &lt;/i&gt;Vous prendrez, sur cet objet, le parti que vous suggérera votre prudence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis avec respect, Madame, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;P.S.: Quelques avis que j'ai reçus, et les conseils de mes amis m'ont décidé à m'absenter de Paris pour quelque temps: mais le lieu de ma retraite, tenu secret pour tout le monde, ne le sera pas pour vous. Si vous m'honorez d'une réponse, je vous prie de l'adresser à la Commanderie de ..., par P ..., et sous le couvert de M. le Commandeur de ***. C'est de chez lui que j'ai l'honneur de vous écrire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 12 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="left"&gt;&lt;small&gt;1 C'est de cette correspondance, de celle remise pareillement à la mort de Madame de Tourvel, et des lettres confiées aussi à Madame de Rosemonde par Madame de Volanges qu'on a formé le présent recueil, dont les originaux subsistent entre les mains des héritiers de Madame de Rosemonde.&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXVIII: Madame de Volanges à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-12-11T14:32:59Z</published>
    <updated>2006-12-11T14:32:59Z</updated>
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    <content type="html">Il se répand ici, ma chère et digne amie, sur le compte de Madame de Merteuil, des bruits bien étonnants et bien fâcheux. Assurément, je suis loin d'y croire, et je parierais bien que ce n'est qu'une affreuse calomnie: mais je sais trop combien les méchancetés, même les moins vraisemblables, prennent aisément consistance; et combien l'impression qu'elles laissent s'efface difficilement, pour ne pas être très alarmée de celles-ci, toutes faciles que je les crois à détruire. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Je désirerais, surtout, qu'elles pussent être arrêtées de bonne heure, et avant d'être plus répandues. Mais je n'ai su qu'hier, fort tard, ces horreurs qu'on commence seulement à débiter; et quand j'ai envoyé ce matin chez Madame de Merteuil, elle venait de partir pour la campagne où elle doit passer deux jours. On n'a pas pu me dire chez qui elle était allée. Sa seconde Femme, que j'ai fait venir me parler, m'a dit que sa Maîtresse lui avait seulement donné ordre de l'attendre Jeudi prochain; et aucun des Gens qu'elle a laissés ici n'en sait davantage. Moi-même, je ne présume pas où elle peut être; je ne me rappelle personne de sa connaissance qui reste aussi tard à la campagne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoi qu'il en soit, vous pourrez, à ce que j'espère, me procurer, d'ici à son retour, des éclaircissements qui peuvent lui être utiles, car on fonde ces odieuses histoires sur des circonstances de la mort de M. de Valmont, dont apparemment vous aurez été instruite si elles sont vraies, ou dont au moins il vous sera facile de vous faire informer, ce que je vous demande en grâce. Voici ce qu'on publie, ou, pour mieux dire, ce qu'on murmure encore, mais qui ne tardera sûrement pas à éclater davantage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On dit donc que la querelle survenue entre M. de Valmont et le Chevalier Danceny est l'ouvrage de Madame de Merteuil, qui les trompait également tous deux; que, comme il arrive presque toujours, les deux rivaux ont commencé par se battre, et ne sont venus qu'après aux éclaircissements; que ceux-ci ont produit une réconciliation sincère; et que, pour achever de faire connaître Madame de Merteuil au Chevalier Danceny, et aussi pour se justifier entièrement, M. de Valmont a joint à ses discours une foule de lettres, formant une correspondance régulière qu'il entretenait avec elle, et où celle-ci raconte sur elle-même, et dans le style le plus libre, les anecdotes les plus scandaleuses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ajoute que Danceny, dans sa première indignation, a livré ces lettres à qui a voulu les voir, et qu'à présent, elles courent Paris. On en cite particulièrement deux:&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt; l'une où elle fait l'histoire entière de sa vie et de ses principes, et qu'on dit le comble de l'horreur; l'autre qui justifie entièrement M. de Prévan, dont vous vous rappelez l'histoire, par la preuve qui s'y trouve qu'il n'a fait au contraire que céder aux avances les plus marquées de Madame de Merteuil et que le rendez-vous était convenu avec elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai heureusement les plus fortes raisons de croire que ces imputations sont aussi fausses qu'odieuses. D'abord, nous savons toutes deux que M. de Valmont n'était sûrement pas occupé de Madame de Merteuil, et j'ai tout lieu de croire que Danceny ne s'en occupait pas davantage; ainsi, il me paraît démontré qu'elle n'a pu être, ni le sujet, ni l'auteur de la querelle. Je ne comprends pas non plus quel intérêt aurait eu Madame de Merteuil, que l'on suppose d'accord avec M. de Prévan, à faire une scène qui ne pouvait jamais être que désagréable par son éclat, et qui pouvait devenir très dangereuse pour elle, puisqu'elle se faisait par là un ennemi irréconciliable, d'un homme qui se trouvait maître d'une partie de son secret, et qui avait alors beaucoup de partisans. Cependant, il est à remarquer que, depuis cette aventure, il ne s'est pas élevé une seule voix en faveur de Prévan, et que, même de sa part, il n'y a eu aucune réclamation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces réflexions me porteraient à le soupçonner l'auteur des bruits qui courent aujourd'hui, et à regarder ces noirceurs comme l'ouvrage de la haine et de la vengeance d'un homme qui, se voyant perdu, espère par ce moyen répandre au moins des doutes, et causer peut-être une diversion utile. Mais de quelque part que viennent ces méchancetés, le plus pressé est de les détruire. Elles tomberaient d'elles-mêmes, s'il se trouvait, comme il est vraisemblable, que MM. de Valmont et Danceny ne se fussent point parlé depuis leur malheureuse affaire, et qu'il n'y eût pas eu de papiers remis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans mon impatience de vérifier ces faits, j'ai envoyé ce matin chez M. Danceny; il n'est pas non plus à Paris. Ses Gens ont dit à mon Valet de chambre qu'il était parti cette nuit, sur un avis qu'il avait reçu hier, et que le lieu de son séjour était un secret. Apparemment il craint les suites de son affaire. Ce n'est donc que par vous, ma chère et digne amie, que je puis avoir les détails qui m'intéressent, et qui peuvent devenir si nécessaires à Madame de Merteuil. Je vous renouvelle ma prière de me les faire parvenir le plus tôt possible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;P.S.: L'indisposition de ma fille n'a eu aucune suite; elle vous présente son respect.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 11 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="left"&gt;&lt;small&gt;1 Lettres &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/24338.html"&gt;LXXXI&lt;/a&gt; et &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/25409.html"&gt;LXXXV&lt;/a&gt; de ce recueil&lt;/small&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXVII: Anonyme à M. Le Chevalier Danceny</title>
    <published>2006-12-10T22:00:36Z</published>
    <updated>2006-12-10T22:00:36Z</updated>
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    <content type="html">Monsieur,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai l'honneur de vous prévenir que ce matin, au parquet de la Cour, il a été question parmi MM. les Gens du Roi de l'affaire que vous avez eue ces jours derniers avec M. le Vicomte de Valmont, et qu'il est à craindre que le Ministère public n'en rende plainte. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;J'ai cru que cet avertissement pourrait vous être utile, soit pour que vous fassiez agir vos protections, pour arrêter ces suites fâcheuses; soit, au cas que vous n'y puissiez parvenir pour vous mettre dans le cas de prendre vos sûretés personnelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si même vous me permettez un conseil, je crois que vous feriez bien, pendant quelque temps, de vous montrer moins que vous ne l'avez fait depuis quelques jours. Quoique ordinairement on ait de l'indulgence pour ces sortes d'affaires, on doit néanmoins toujours ce respect à la Loi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette précaution devient d'autant plus nécessaire, qu'il m'est revenu qu'une Madame de Rosemonde, qu'on m'a dite tante de M. de Valmont, voulait rendre plainte contre vous; et qu'alors la Partie publique ne pourrait pas se refuser à sa réquisition. Il serait peut-être à propos que vous pussiez faire parler à cette Dame.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des raisons particulières m'empêchent de signer cette lettre. Mais je compte que, pour ne pas savoir de qui elle vous vient, vous n'en rendrez pas moins justice au sentiment qui l'a dictée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai l'honneur d'être, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 10 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXVI: M. Bertrand à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-12-10T18:05:47Z</published>
    <updated>2006-12-10T18:05:47Z</updated>
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    <content type="html">Madame,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En conséquence des ordres que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, j'ai eu celui de voir M. le Président de ***, et je lui ai communiqué &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/45706.html"&gt;votre Lettre&lt;/a&gt;, en le prévenant que, suivant vos désirs, je ne ferais rien que par ses conseils. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Ce respectable Magistrat m'a chargé de vous observer que la plainte que vous êtes dans l'intention de rendre contre M. le Chevalier Danceny compromettrait également la mémoire de M. votre neveu, et que son honneur se trouverait nécessairement entaché par l'arrêt de la Cour, ce qui serait sans doute un grand malheur. Son avis est donc qu'il faut bien se garder de faire aucune démarche; et que s'il y en avait à faire, ce serait au contraire pour tâcher de prévenir que le Ministère public ne prît connaissance de cette malheureuse aventure, qui n'a déjà que trop éclaté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces observations m'ont paru pleines de sagesse, et je prends le parti d'attendre de nouveaux ordres de votre part.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Permettez-moi de vous prier, Madame, de vouloir bien, en me les faisant passer, y joindre un mot sur l'état de votre santé pour laquelle je redoute extrêmement le triste effet de tant de chagrins. J'espère que vous pardonnerez cette liberté à mon attachement et à mon zèle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis avec respect, Madame, votre, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 10 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXV: Madame de Volanges à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-12-09T16:47:04Z</published>
    <updated>2006-12-09T16:47:04Z</updated>
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    <content type="html">Je vous sais déjà instruite, ma chère et digne amie, de la perte que vous venez de faire; je connaissais votre tendresse pour M. de Valmont, et je partage bien sincèrement l'affliction que vous devez ressentir. Je suis vraiment peinée d'avoir à ajouter de nouveaux regrets à ceux que vous éprouvez déjà: mais hélas! il ne vous reste non plus que des larmes à donner à notre malheureuse amie. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Nous l'avons perdue, hier, à onze heures du soir. Par une fatalité attachée à son sort, et qui semblait se jouer de toute prudence humaine, ce court intervalle qu'elle a survécu à M. de Valmont lui a suffi pour en apprendre la mort; et, comme elle a dît elle-même, pour n'avoir pu succomber sous le poids de ses malheurs qu'après que la mesure en a été comblée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, vous avez su que depuis plus de deux jours elle était absolument sans connaissance; et encore hier matin, quand son Médecin arriva que nous approchâmes de son lit, elle ne nous reconnut ni l'un ni l'autre, et nous ne pûmes en obtenir ni une parole, ni le moindre signe. Hé bien! à peine étions- nous revenus à la cheminée, et pendant que le Médecin m'apprenait le triste événement de la mort de M. de Valmont, cette femme infortunée a retrouvé toute sa tête, soit que la nature seule ait produit cette révolution, soit qu'elle ait été causée par ces mots répétés de &lt;i&gt;M. de Valmont &lt;/i&gt;et de &lt;i&gt;mort&lt;/i&gt;, qui ont pu rappeler à la malade les seules idées dont elle s'occupait depuis longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoi qu'il en soit, elle ouvrit précipitamment les rideaux de son lit en s'écriant: «Quoi! que dites vous? M. de Valmont est mort?» J'espérais lui faire croire qu'elle s'était trompée, et je l'assurai d'abord qu'elle avait mal entendu: mais loin de se laisser persuader ainsi, elle exigea du Médecin qu'il recommençât ce cruel récit; et sur ce que je voulus essayer encore de la dissuader, elle m'appela et me dit à voix basse: «Pourquoi vouloir me tromper? n'était-il pas déjà mort pour moi!» Il a donc fallu céder.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre malheureuse amie a écouté d'abord d'un air assez tranquille, mais bientôt après, elle a interrompu le récit, en disant: «Assez, j'en ai assez.» Elle a demandé sur-le-champ qu'on fermât ses rideaux et lorsque le Médecin a voulu s'occuper ensuite des soins de son état, elle n'a jamais voulu souffrir qu'il approchât d'elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dès qu'il a été sorti, elle a pareillement renvoyé sa garde et sa Femme de chambre; et quand nous avons été seules, elle m'a priée de l'aider à se mettre à genoux sur son lit, et de l'y soutenir. Là, elle est restée quelque temps en silence, et sans autre expression que celle de ses larmes qui coulaient abondamment. Enfin, joignant ses mains et les élevant vers le Ciel: «Dieu tout-puissant», a-t-elle dit d'une voix faible, mais fervente, «je me soumets à ta justice: mais pardonne à Valmont. Que mes malheurs, que je reconnais avoir mérités, ne lui soient pas un sujet de reproche, et je bénirai ta miséricorde!» Je me suis permis, ma chère et digne amie, d'entrer dans ces détails sur un sujet que je sens bien devoir renouveler et aggraver vos douleurs, parce que je ne doute pas que cette prière de Madame de Tourvel ne porte cependant une grande consolation dans votre âme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après que notre amie eut proféré ce peu de mots, elle se laissa retomber dans mes bras; et elle était à peine replacée dans son lit, qu'il lui prit une faiblesse qui fut longue, mais qui céda pourtant aux secours ordinaires. Aussitôt qu'elle eut repris connaissance, elle me demanda d'envoyer chercher le Père Anselme, et elle ajouta: «C'est à présent le seul médecin dont j'aie besoin; je sens que mes maux vont bientôt finir.» Elle se plaignait de beaucoup d'oppression, et elle parlait difficilement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peu de temps après, elle me fit remettre, par sa Femme de chambre, une cassette que je vous envoie, qu'elle me dit contenir des papiers à elle; et qu'elle me chargea de vous faire passer aussitôt après sa mort.&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt; Ensuite elle me parla de vous, et de votre amitié pour elle, autant que sa situation le lui permettait, et avec beaucoup d'attendrissement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Père Anselme arriva vers les quatre heures, et resta près d'une heure seul avec elle. Quand nous rentrâmes, la figure de la malade était calme et sereine; mais il était facile de voir que le Père Anselme avait beaucoup pleuré. Il resta pour assister aux dernières cérémonies de l'Église. Ce spectacle, toujours si imposant et si douloureux, le devenait encore plus par le contraste que formait la tranquille résignation de la malade, avec la douleur profonde de son vénérable Confesseur qui fondait en larmes à côté d'elle. L'attendrissement devint général; et celle que tout le monde pleurait fut la seule qui ne se pleura point.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le reste de la journée se passa dans les prières usitées, qui ne furent interrompues que par les fréquentes faiblesses de la malade. Enfin, vers les onze heures du soir, elle me parut plus oppressée et plus souffrante. J'avançai ma main pour chercher son bras; elle eut encore la force de la prendre, et la posa sur son cœur. Je n'en sentis plus le battement; et en effet, notre malheureuse amie expira dans le moment même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous rappelez-vous, ma chère amie, qu'à votre dernier voyage ici, il y a moins d'un an, causant ensemble de quelques personnes dont le bonheur nous paraissait plus ou moins assuré, nous nous arrêtâmes avec complaisance sur le sort de cette même femme, dont aujourd'hui nous pleurons à la fois les malheurs et la mort? Tant de vertus, de qualités louables et d'agréments; un caractère si doux et si facile; un mari qu'elle aimait, et dont elle était adorée; une société où elle se plaisait, et dont elle faisait les délices; de la figure, de la jeunesse, de la fortune; tant d'avantages réunis ont donc été perdus par une seule imprudence! Ô Providence! sans doute il faut adorer tes décrets; mais combien ils sont incompréhensibles! Je m'arrête, je crains d'augmenter votre tristesse, en me livrant à la mienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous quitte et vais passer chez ma fille, qui est un peu indisposée. En apprenant de moi, ce matin, cette mort si prompte de deux personnes de sa connaissance, elle s'est trouvée mal, et je l'ai fait mettre au lit. J'espère cependant que cette légère incommodité n'aura pas de suite. A cet âge-là, on n'a pas encore l'habitude des chagrins, et leur impression en devient plus vive et plus forte. Cette sensibilité si active est, sans doute, une qualité louable; mais combien tout ce qu'on voit chaque jour nous apprend à la craindre! Adieu, ma chère et digne amie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 9 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="left"&gt;&lt;small&gt;1 Cette cassette contenait toutes les lettres relatives à son aventure avec M. de Valmont&lt;/small&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXIV: Madame de Rosemonde à M. Bertrand</title>
    <published>2006-12-08T09:20:42Z</published>
    <updated>2006-12-08T09:20:42Z</updated>
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    <content type="html">Je reçois &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/45502.html"&gt;votre lettre&lt;/a&gt; à l'instant même, mon cher Bertrand, et j'apprends par elle l'affreux événement dont mon neveu a été la malheureuse victime. Oui, sans doute j'aurai des ordres à vous donner; et ce n'est que pour eux que je peux m'occuper d'autre chose que de ma mortelle affliction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/45067.html"&gt;Le billet&lt;/a&gt; de M. Danceny, que vous m'avez envoyé, est une preuve bien convaincante que c'est lui qui a provoqué le duel, et mon intention est que vous en rendiez plainte sur-le-champ, et en mon nom. En pardonnant à son ennemi, à son meurtrier, mon neveu a pu satisfaire à sa générosité naturelle; mais moi, je dois venger à la fois sa mort, l'humanité et la religion. On ne saurait trop exciter la sévérité des Lois contre ce reste de barbarie, qui infecte encore nos mœurs; et je ne crois pas que ce puisse être dans ce cas que le pardon des injures nous soit prescrit. J'attends donc que vous suiviez cette affaire avec tout le zèle et toute l'activité dont je vous connais capable, et que vous devez à la mémoire de mon neveu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous aurez soin, avant tout, de voir M. le Président de *** de ma part, et d'en conférer avec lui. Je ne lui écris pas, pressée que je suis de me livrer tout entière à ma douleur. Vous lui ferez mes excuses et lui communiquerez cette Lettre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, mon cher Bertrand; je vous loue et vous remercie de vos bons sentiments, et suis pour la vie toute à vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Du Château de..., ce 8 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXIII: M. Bertrand à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-12-07T14:10:51Z</published>
    <updated>2006-12-07T14:10:51Z</updated>
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    <content type="html">Madame,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est avec bien du regret que je remplis le triste devoir de vous annoncer une nouvelle qui va vous causer un si cruel chagrin. Permettez-moi de vous inviter d'abord à cette pieuse résignation que chacun a si souvent admirée en vous, et qui peut seule nous faire supporter les maux dont est semée notre misérable vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;M. votre neveu... Mon Dieu! faut-il que j'afflige tant une si respectable dame! M. votre neveu a eu le malheur de succomber dans un combat singulier qu'il a eu ce matin avec M. le Chevalier Danceny. J'ignore entièrement le sujet de la querelle; mais il paraît par &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/45067.html"&gt;le billet&lt;/a&gt; que j'ai trouvé encore dans la poche de M. le Vicomte, et que j'ai l'honneur de vous envoyer; il paraît, dis-je, qu'il n'était pas l'agresseur. Et il faut que ce soit lui que le Ciel ait permis qui succombât!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'étais chez M. le Vicomte à l'attendre, à l'heure même où on l'a ramené à l'Hôtel. Figurez-vous mon effroi, en voyant M. votre neveu porté par deux de ses gens, et tout baigné dans son sang. Il avait deux coups d'épée dans le corps, et il était déjà bien faible. M. Danceny était aussi là, et même il pleurait. Ah! sans doute, il doit pleurer: mais il est bien temps de répandre des larmes, quand on a causé un malheur irréparable!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour moi, je ne me possédais pas; et malgré le peu que je suis, je ne lui en disais pas moins ma façon de penser. Mais c'est là que M. le Vicomte s'est montré véritablement grand. Il m'a ordonné de me taire; et celui-là même qui était son meurtrier, il lui a pris la main, l'a appelé son ami, l'a embrassé devant nous tous, et nous a dit: «Je vous ordonne d'avoir pour Monsieur tous les égards qu'on doit à un brave et galant homme.» Il lui a de plus fait remettre, devant moi, des papiers fort volumineux, que je ne connais pas, mais auxquels je sais bien qu'il attachait beaucoup d'importance. Ensuite il a voulu qu'on les laissât seuls ensemble pendant un moment. Cependant j'avais envoyé chercher tout de suite tous les secours, tant spirituels que temporels: mais, hélas! le mal était sans remède. Moins d'une demi-heure après, M. le Vicomte était sans connaissance. Il n'a pu recevoir que l'Extrême-Onction; et la cérémonie était à peine achevée qu'il a rendu son dernier soupir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bon Dieu! quand j'ai reçu dans mes bras à sa naissance ce précieux appui d'une maison si illustre, aurais-je pu prévoir que ce serait dans mes bras qu'il expirerait, et que j'aurais à pleurer sa mort? Une mort si précoce et si malheureuse! Mes larmes coulent malgré moi; je vous demande pardon, Madame, d'oser ainsi mêler mes douleurs aux vôtres: mais dans tous les états, on a un cœur et de la sensibilité; et je serais bien ingrat, si je ne pleurais pas toute ma vie un Seigneur qui avait tant de bontés pour moi, et qui m'honorait de tant de confiance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Demain, après l'enlèvement du corps, je ferai mettre les scellés partout, et vous pouvez vous en reposer entièrement sur mes soins. Vous n'ignorez pas, Madame, que ce malheureux événement finit la substitution, et rend vos dispositions entièrement libres. Si je puis vous être de quelque utilité, je vous prie de vouloir bien me faire passer vos ordres: je mettrai tout mon zèle à les exécuter ponctuellement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis avec le plus profond respect, Madame, votre très humble, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;font face="times"&gt;BERTRAND&lt;/font&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 7 décembre l7**.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXII: Le Chevalier Danceny au Vicomte de Valmont</title>
    <published>2006-12-06T23:39:26Z</published>
    <updated>2006-12-06T23:39:26Z</updated>
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    <content type="html">Je suis instruit, Monsieur, de vos procédés envers moi. Je sais aussi que, non content de m'avoir indignement joué, vous ne craignez pas de vous en vanter, de vous en applaudir. J'ai vu la preuve de votre trahison écrite de votre main. J'avoue que mon cœur en a été navré, et que j'ai ressenti quelque honte d'avoir autant aidé moi-même à l'odieux abus que vous avez fait de mon aveugle confiance; pourtant je ne vous envie pas ce honteux avantage; je suis seulement curieux de savoir si vous les conserverez tous également sur moi. J'en serai instruit, si, comme je l'espère, vous voulez bien vous trouver demain, entre huit et neuf heures du matin, à la porte du bois de Vincennes, Village de Saint-Mandé. J'aurai soin d'y faire trouver tout ce qui sera nécessaire pour les éclaircissements qui me restent à prendre avec vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Chevalier Danceny. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 6 décembre 17**&lt;/i&gt;, au soir.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLX: Madame de Volanges à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-12-06T23:37:15Z</published>
    <updated>2006-12-06T23:37:15Z</updated>
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    <content type="html">Je vous écris de la chambre de notre malheureuse amie, dont l'état est à peu près toujours le même. Il doit y avoir cet après-midi une consultation de quatre Médecins. Malheureusement, c'est, comme vous le savez, plus souvent une preuve de danger qu'un moyen de secours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Il paraît cependant que la tête est un peu revenue la nuit dernière. La Femme de chambre m'a informée ce matin qu'environ vers minuit sa Maîtresse l'a fait appeler; qu'elle a voulu être seule avec elle, et qu'elle lui a dicté &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/44119.html"&gt;une assez longue lettre&lt;/a&gt;. Julie a ajouté que, tandis qu'elle était occupée à en faire l'enveloppe, Madame de Tourvel avait repris le transport: en sorte que cette fille, n'a pas su à qui il fallait mettre l'adresse. Je me suis étonnée d'abord que la lettre elle-même n'ait pas suffi pour le lui apprendre: mais sur ce qu'elle m'a répondu qu'elle craignait de se tromper, et que cependant sa Maîtresse lui avait bien recommandé de la faire partir sur-le-champ, j'ai pris sur moi d'ouvrir le paquet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'y ai trouvé l'écrit que je vous envoie, qui en effet ne s'adresse à personne pour s'adresser à trop de monde. Je crois cependant que c'est à M, de Valmont que notre malheureuse amie a voulu écrire d'abord; mais qu'elle a cédé sans s'en apercevoir au désordre de ses idées. Quoi qu'il en soit, j'ai jugé que cette lettre ne devait être rendue à personne. Je vous l'envoie, parce que vous y verrez mieux que je ne pourrais vous le dire quelles sont les pensées qui occupent la tête de notre malade. Tant qu'elle restera aussi vivement affectée, je n'aurai guère d'espérance. Le corps se rétablit difficilement, quand l'esprit est si peu tranquille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma chère et digne amie. Je vous félicite d'être éloignée du triste spectacle que j'ai continuellement sous les yeux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 6 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLIX: La Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont</title>
    <published>2006-12-06T17:13:11Z</published>
    <updated>2006-12-06T17:13:44Z</updated>
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    <content type="html">&lt;i&gt;&lt;center&gt;(Billet)&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/center&gt;Je n'aime pas qu'on ajoute de mauvaises plaisanteries à de mauvais procédés; ce n'est pas plus ma manière que mon goût. Quand j'ai à me plaindre de quelqu'un, je ne le persifle pas: je fais mieux: je me venge. Quelque content de vous que vous puissiez être en ce moment, n'oubliez point que ce ne serait pas la première fois que vous vous seriez applaudi d'avance, et tout seul dans l'espoir d'un triomphe qui vous serait échappé à l'instant même où vous vous en félicitiez. Adieu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 6 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLVIII: Le Vicomte de Valmont à la Marquise de Merteuil</title>
    <published>2006-12-06T10:36:28Z</published>
    <updated>2006-12-06T10:36:28Z</updated>
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    <content type="html">&lt;center&gt;&lt;i&gt;(A son réveil.) &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/center&gt;Hé bien, Marquise, comment vous trouvez-vous des plaisirs de la nuit dernière? n'en êtes-vous pas un peu fatiguée? Convenez-donc que Danceny est charmant! Il fait des prodiges, ce garçon-là. Vous n'attendiez pas cela de lui, n'est-il pas vrai? &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Allons, je me rends justice; un pareil rival méritait bien que je lui fusse sacrifié. Sérieusement, il est plein de bonnes qualités! Mais surtout, que d'amour, de constance, de délicatesse! Ah! si jamais vous êtes aimée de lui comme l'est sa Cécile, vous n'aurez point de rivales à craindre: il vous l'a prouvé cette nuit. Peut-être à force de coquetterie, une autre femme pourra vous l'enlever un moment; un jeune homme ne sait guère se refuser à des agaceries provocantes: mais un seul mot de l'objet aimé suffit, comme vous voyez, pour dissiper cette illusion; ainsi il ne vous manque plus que d'être cet objet-là pour être parfaitement heureuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sûrement vous ne vous y tromperez pas; vous avez le tact trop sûr pour qu'on puisse le craindre. Cependant l'amitié qui nous unit, aussi sincère de ma part que bien reconnue de la vôtre, m'a fait désirer, pour vous, l'épreuve de cette nuit; c'est l'ouvrage de mon zèle, il a réussi: mais point de remerciements; cela n'en vaut pas la peine: rien n'était plus facile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au fait, que m'en a-t-il coûté? un léger sacrifice, et quelque peu d'adresse. J'ai consenti à partager avec le jeune homme les faveurs de sa Maîtresse: mais enfin il y avait bien autant de droit que moi; et je m'en souciais si peu! &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/33336.html"&gt;La lettre&lt;/a&gt; que la jeune personne lui a écrite, c'est bien moi qui l'ai dictée; mais c'était seulement pour gagner du temps, parce que nous avions à l'employer mieux, celle que j'y ai jointe, oh! ce n'était rien, presque rien; quelques réflexions de l'amitié pour guider le choix du nouvel Amant: mais en honneur, elles étaient inutiles; il faut dire la vérité, il n'a pas balancé un moment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, dans sa candeur, il doit aller chez vous aujourd'hui vous raconter tout; et sûrement ce récit-là vous fera grand plaisir! il vous dira: &lt;i&gt;Lisez dans mon cour&lt;/i&gt;; il me le mande: et vous voyez bien que cela raccommode tout. J'espère qu'en y lisant ce qu'il voudra, vous y lirez peut-être aussi que les Amants si jeunes ont leurs dangers; et encore, qu'il vaut mieux m'avoir pour ami que pour ennemi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, Marquise; jusqu'à la première occasion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 6 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLXI: La Présidente de Tourvel à ...</title>
    <published>2006-12-05T20:14:21Z</published>
    <updated>2006-12-05T20:14:21Z</updated>
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    <content type="html">&lt;center&gt;&lt;i&gt;(Dictée par elle et écrite par sa Femme de chambre.)&lt;br /&gt;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;&lt;/center&gt;Etre cruel et malfaisant, ne te lasseras-tu point de me persécuter? Ne te suffit-il pas de m'avoir tourmentée, dégradée, avilie, veux-tu me ravir jusqu'à la paix du tombeau? Quoi! dans ce séjour de ténèbres où l'ignominie m'a forcée de m'ensevelir, les peines sont-elles sans relâche, l'espérance est-elle méconnue? &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Je n'implore point une grâce que je ne mérite point: pour souffrir sans me plaindre, il me suffira que mes souffrances n'excèdent pas mes forces. Mais ne rends pas mes tourments insupportables. En me laissant mes douleurs, ôte-moi le cruel souvenir des biens que j'ai perdus. Quand tu me les as ravis, n'en retrace plus à mes yeux la désolante image. J'étais innocente et tranquille: c'est pour t'avoir vu que j'ai perdu le repos; c'est en t'écoutant que je suis devenue criminelle. auteur de mes fautes, quel droit as-tu de les punir?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Où sont les amis qui me chérissaient, où sont-ils? mon infortune les épouvante. Aucun n'ose m'approcher. Je suis opprimée, et ils me laissent sans secours! Je meurs, et personne ne pleure sur moi. Toute consolation m'est refusée. La pitié s'arrête sur les bords de l'abîme où le criminel se plonge. Les remords le déchirent, et ses cris ne sont pas entendus!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et toi, que j'ai outragé; toi, dont l'estime ajoute à mon supplice; toi, qui seul enfin aurais le droit de te venger, que fais-tu loin de moi? Viens punir une femme infidèle. Que je souffre enfin des tourments mérités. Déjà je me serais soumise à ta vengeance: mais le courage m'a manqué pour t'apprendre ta honte. Ce n'était point dissimulation, c'était respect. Que cette Lettre au moins t'apprenne mon repentir. Le Ciel a pris ta cause: il te venge d'une injure que tu as ignorée. C'est lui qui a lié ma langue et retenu mes paroles; il a craint que tu ne me remisses une faute qu'il voulait punir. Il m'a soustraite à ton indulgence qui aurait blessé sa justice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Impitoyable dans sa vengeance, il m'a livrée à celui-là même qui m'a perdue. C'est à la fois pour lui et par lui que je souffre. Je veux le fuir, en vain, il me suit; il est là; il m'obsède sans cesse. Mais qu'il est différent de lui-même! Ses yeux n'expriment plus que la haine et le mépris. Sa bouche ne profère que l'insulte et le reproche. Ses bras ne m'entourent que pour me déchirer. Qui me sauvera de sa barbare fureur?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais quoi! c'est lui... Je ne me trompe pas; c'est lui que je revois. Oh! mon aimable ami! reçois-moi dans tes bras; cache-moi dans ton sein: oui, c'est toi, c'est bien toi! Quelle illusion funeste m'avait fait te méconnaître? combien j'ai souffert dans ton absence! Ne nous séparons plus, ne nous séparons jamais! Laisse-moi respirer. Sens mon cœur, comme il palpite! Oh! ce n'est plus de crainte, c'est la douce émotion de l'amour. Pourquoi te refuser à mes tendres caresses? Tourne vers moi tes doux regards! Quels sont ces liens que tu cherches à rompre? pour qui prépares-tu cet appareil de mort? qui peut altérer ainsi tes traits? que fais-tu? Laisse-moi: je frémis! Dieu! c'est ce monstre encore! Mes amies, ne m'abandonnez pas. Vous qui m'invitiez à le fuir, aidez-moi à le combattre; et vous qui, plus indulgente, me promettiez de diminuer mes peines, venez donc auprès de moi. Où êtes-vous toutes deux? S'il ne m'est plus permis de vous revoir, répondez au moins à cette Lettre; que je sache que vous m'aimez encore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Laisse-moi donc, cruel! quelle nouvelle fureur t'anime? Crains-tu qu'un sentiment doux ne pénètre jusqu'à mon âme? Tu redoubles mes tourments; tu me forces de te haïr. Oh! que la haine est douloureuse! comme elle corrode le cœur qui la distille! Pourquoi me persécutez-vous? que pouvez-vous encore avoir à me dire? ne m'avez-vous pas mise dans l'impossibilité de vous écouter, comme de vous répondre? N'attendez plus rien de moi. Adieu, Monsieur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 5 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLVII: Le Chevalier Danceny au Vicomte de Valmont</title>
    <published>2006-12-05T17:11:25Z</published>
    <updated>2006-12-05T17:11:25Z</updated>
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    <content type="html">Ne doutez pas, mon cher Vicomte, ni de mon cœur, ni de mes démarches: comment résisterais-je à un désir de ma Cécile? Ah! c'est bien elle, elle seule que j'aime, que j'aimerai toujours! son ingénuité, sa tendresse ont un charme pour moi, dont j'ai pu avoir la faiblesse de me laisser distraire, mais que rien n'effacera jamais. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Engagé dans une autre aventure, pour ainsi dire sans m'en être aperçu, souvent le souvenir de Cécile est venu me troubler jusque dans les plus doux plaisirs; et peut-être mon cœur ne lui a-t-il jamais rendu d'hommage plus vrai que dans le moment même où je lui étais infidèle. Cependant, mon ami, ménageons sa délicatesse et cachons-lui mes torts; non pour la surprendre, mais pour ne pas l'affliger. Le bonheur de Cécile est le vœu le plus ardent que je forme; jamais je ne me pardonnerais une faute qui lui aurait coûté une larme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai mérité, je le sens, la plaisanterie que vous me faites sur ce que vous appelez mes nouveaux principes; mais vous pouvez m'en croire; ce n'est point par eux que je me conduis dans ce moment; et dès demain je suis décidé à le prouver. J'irai m'accuser à celle même qui a causé mon égarement, et qui l'a partagé; je lui dirai: «Lisez dans mon cœur; il a pour vous l'amitié la plus tendre; l'amitié unie au désir ressemble tant à l'amour!... Tous deux nous nous sommes trompés; mais susceptible d'erreur, je ne suis point capable de mauvaise foi.» Je connais mon amie; elle est honnête autant qu'indulgente; elle fera plus que me pardonner, elle m'approuvera. Elle-même se reprochait souvent d'avoir trahi l'amitié; souvent sa délicatesse effrayait son amour: plus sage que moi, elle fortifiera dans mon âme ces craintes utiles, que je cherchais témérairement à étouffer dans la sienne. Je lui devrai d'être meilleur, comme à vous d'être plus heureux. Ô mes amis, partagez ma reconnaissance. L'idée de vous devoir mon bonheur en augmente le prix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, mon cher Vicomte. L'excès de ma joie ne m'empêche point de songer à vos peines, et d'y prendre part. Que ne puis-je vous être utile! Madame de Tourvel reste donc inexorable? On la dit aussi bien malade. Mon Dieu, que je vous plains! Puisse-t-elle reprendre à la fois de la santé et de l'indulgence, et faire à jamais votre bonheur! Ce sont les vœux de l'amitié; j'ose espérer qu'ils seront exaucés par l'amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voudrais causer plus longtemps avec vous; mais l'heure me presse, et peut-être Cécile m'attend déjà.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 5 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLVI: Cécile Volanges au Chevalier Danceny</title>
    <published>2006-12-05T13:56:29Z</published>
    <updated>2006-12-05T13:56:29Z</updated>
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    <content type="html">&lt;center&gt;&lt;i&gt;(Jointe à &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/43468.html"&gt;la précédente&lt;/a&gt;.) &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/center&gt;Comment se fait-il, mon cher ami, que je cesse de vous voir, quand je ne cesse pas de le désirer? n'en avez-vous plus autant d'envie que moi? Ah! c'est bien à présent que je suis triste! plus triste que quand nous étions séparés tout à fait. Le chagrin que j'éprouvais par les autres, c'est à présent de vous qu'il me vient, et cela fait bien plus de mal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;Depuis quelques jours, Maman n'est jamais chez elle, vous le savez bien; et j'espérais que vous essaieriez de profiter de ce temps de liberté: mais vous ne songez seulement pas à moi; je suis bien malheureuse! Vous me disiez tant que c'était moi qui aimais le moins! je savais bien le contraire, et en voilà bien la preuve. Si vous étiez venu pour me voir, vous m'auriez vue en effet: car moi, je ne suis pas comme vous; je ne songe qu'à ce qui peut nous réunir. Vous mériteriez bien que je ne vous dise rien de tout ce que j'ai fait pour ça, et qui m'a donné tant de peine: mais je vous aime trop, et j'ai tant d'envie de vous voir que je ne peux m'empêcher de vous le dire. Et puis, je verrai bien après si vous m'aimez réellement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai si bien fait que le Portier est dans nos intérêts, et qu'il m'a promis que toutes les fois que vous viendriez, il vous laisserait toujours entrer comme s'il ne vous voyait pas: et nous pouvons bien nous fier à lui, car c'est un bien honnête homme. Il ne s'agit donc plus que d'empêcher qu'on ne vous voie dans la maison; et ça, c'est bien aisé, en n'y venant que le soir, et quand il n'y aura plus rien à craindre du tout. Par exemple, depuis que Maman sort tous les jours, elle se couche tous les soirs à onze heures; ainsi nous aurions bien du temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Portier m'a dit que, quand vous voudriez venir comme ça, au lieu de frapper à la porte, vous n'auriez qu'à frapper à sa fenêtre, et qu'il ouvrirait tout de suite; et puis, vous trouverez bien le petit escalier; et comme vous ne pourrez pas avoir de la lumière, je laisserai la porte de ma chambre entrouverte, ce qui vous éclairera toujours un peu. Vous prendrez bien garde de ne pas faire de bruit; surtout en passant auprès de la petite porte de Maman. Pour celle de ma Femme de chambre, c'est égal, parce qu'elle m'a promis qu'elle ne se réveillerait pas; c'est aussi une bien bonne fille! Et pour vous en aller, ça sera tout de même. A présent, nous verrons si vous viendrez.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon Dieu, pourquoi donc le cœur me bat-il si fort en vous écrivant? Est-ce qu'il doit m'arriver quelque malheur ou si c'est l'espérance de vous voir qui me trouble comme ça? Ce que je sens bien, c'est que je ne vous ai jamais tant aimé, et que jamais je n'ai tant désiré de vous le dire. Venez donc, mon ami, mon cher ami; que je puisse vous répéter cent fois que je vous aime, que je vous adore, que je n'aimerai jamais que vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai trouvé moyen de faire dire à M. de Valmont que j'avais quelque chose à lui dire; et lui, comme il est bien bon ami, il viendra sûrement demain, et je le prierai de vous remettre ma lettre tout de suite. Ainsi je vous attendrai demain au soir, et vous viendrez, sans faute, si vous ne voulez pas que votre Cécile soit bien malheureuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, mon cher ami; je vous embrasse de tout mon cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 4 décembre 17**&lt;/i&gt;, au soir.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLV: Le Vicomte de Valmont au Chevalier Danceny</title>
    <published>2006-12-05T13:54:14Z</published>
    <updated>2006-12-05T13:58:07Z</updated>
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    <content type="html">J'ai passé deux fois chez vous, mon cher Chevalier: mais depuis que vous avez quitté le rôle d'Amant pour celui d'homme à bonnes fortunes, vous êtes, comme de raison, devenu introuvable. Votre Valet-de-chambre m'a assuré cependant que vous rentreriez chez vous ce soir, qu'il avait ordre de vous attendre; mais moi, qui suis instruit de vos projets, j'ai très bien compris que vous ne rentreriez que pour un moment, pour prendre le costume de la chose, et que sur-le-champ vous recommenceriez vos courses victorieuses. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;A la bonne heure, et je ne puis qu'y applaudir: mais peut-être, pour ce soir, allez-vous être tenté de changer leur direction. Vous ne savez encore que la moitié de vos affaires; il faut vous mettre au courant de l'autre, et puis, vous vous déciderez. Prenez donc le temps de lire ma lettre. Ce ne sera pas vous distraire de vos plaisirs, puisque au contraire elle n'a d'autre objet que de vous donner le choix entr'eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si j'avais eu votre confiance entière, si j'avais su par vous la partie de vos secrets que vous m'avez laissée à deviner, j'aurais été instruit à temps; et mon zèle, moins gauche, ne gênerait pas aujourd'hui votre marche. Mais partons du point où nous sommes. Quelque parti que vous preniez, votre pis-aller ferait toujours bien le bonheur d'un autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous avez un rendez-vous pour cette nuit, n'est-il pas vrai? avec une femme charmante et que vous adorez? car, à votre âge, quelle femme n'adore-t-on pas, au moins les huit premiers jours! Le lieu de la scène doit encore ajouter à vos plaisirs. Une petite maison délicieuse,&lt;i&gt; et qu'on n'a prise que pour vous&lt;/i&gt;, doit embellir la volupté, des charmes de la liberté et de ceux du mystère. Tout est convenu, on vous attend: et vous brûlez de vous y rendre! voilà ce que nous savons tous deux, quoique vous ne m'en ayez rien dit. Maintenant, voici ce que vous ne savez pas, et qu'il faut que je vous dise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis mon retour à Paris, je m'occupais des moyens de vous rapprocher de Mademoiselle de Volanges; je vous l'avais promis; et encore la dernière fois que je vous en parlai, j'eus lieu de juger par vos réponses, je pourrais dire par vos transports, que c'était m'occuper de votre bonheur. Je ne pouvais pas réussir à moi seul dans cette entreprise assez difficile, mais après avoir préparé les moyens, j'ai remis le reste au zèle de votre jeune Maîtresse. Elle a trouvé, dans son amour, des ressources qui avaient manqué à mon expérience; enfin votre malheur veut qu'elle ait réussi. Depuis deux jours, m'a-t-elle dit ce soir, tous les obstacles sont surmontés, et votre bonheur ne dépend plus que de vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis deux jours aussi, elle se flattait de vous apprendre cette nouvelle elle-même, et malgré l'absence de sa Maman, vous auriez été reçu: mais vous ne vous êtes seulement pas présenté! et pour vous dire tout, soit caprice ou raison, la petite personne m'a paru un peu fâchée de ce manque d'empressement de votre part. Enfin, elle a trouvé le moyen de me faire aussi parvenir jusqu'à elle, et m'a fait promettre de vous rendre le plus tôt possible &lt;a href="http://community.livejournal.com/lesliaisons1782/43685.html"&gt;la lettre&lt;/a&gt; que je joins ici. A l'empressement qu'elle y a mis, je parierais bien qu'il y est question d'un rendez-vous pour ce soir. Quoi qu'il en soit, j'ai promis sur l'honneur et sur l'amitié que vous auriez la tendre missive dans la journée, et je ne puis ni ne veux manquer à ma parole.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A présent, jeune homme, quelle conduite allez-vous tenir? Placé entre la coquetterie et l'amour, entre le plaisir et le bonheur, quel va être votre choix? Si je parlais au Danceny d'il y a trois mois, seulement à celui d'il y a huit jours, bien sûr de son cœur, je le serais de ses démarches: mais le Danceny d'aujourd'hui, arraché par les femmes, courant les aventures, et devenu, suivant l'usage, un peu scélérat, préférera-t-il une jeune fille bien timide, qui n'a pour elle que sa beauté, son innocence et son amour, aux agréments d'une femme parfaitement &lt;i&gt;usagée&lt;/i&gt;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour moi, mon cher ami, il me semble que, même dans vos nouveaux principes, que j'avoue bien être aussi un peu les miens, les circonstances me décideraient pour la jeune Amante. D'abord, c'en est une de plus, et puis la nouveauté, et encore la crainte de perdre le fruit de vos soins en négligeant de le cueillir; car enfin, de ce côté, ce serait véritablement l'occasion manquée, et elle ne revient pas toujours, surtout pour une première faiblesse: souvent, dans ce cas, il ne faut qu'un moment d'humeur, un soupçon jaloux, moins encore, pour empêcher le plus beau triomphe. La vertu qui se noie se raccroche quelquefois aux branches; et une fois réchappée, elle se tient sur ses gardes, et n'est plus facile à surprendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au contraire, de l'autre côté, que risquez-vous? Pas même une rupture; une brouillerie tout au plus, où l'on achète de quelques soins le plaisir d'un raccommodement. Quel autre parti reste-t-il à une femme déjà rendue, que celui de l'indulgence? Que gagnerait-elle à la sévérité? la perte de ses plaisirs, sans profit pour sa gloire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si, comme je le suppose, vous prenez le parti de l'amour, qui me paraît aussi celui de la raison, je crois qu'il est de la prudence de ne point vous faire excuser au rendez-vous manqué; laissez-vous attendre tout simplement: si vous risquez de donner une raison, on sera peut-être tenté de la vérifier. Les femmes sont curieuses et obstinées; tout peut se découvrir: je viens, comme vous savez, d'en être moi-même un exemple. Mais si vous laissez l'espoir, comme il sera soutenu par la vanité, il ne sera perdu que longtemps après l'heure propre aux informations: alors demain vous aurez à choisir l'obstacle insurmontable qui vous aura retenu; vous aurez été malade, mort s'il le faut, ou toute autre chose dont vous serez également désespéré, et tout se raccommodera.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au reste, pour quelque côté que vous vous décidiez, je vous prie seulement de m'en instruire; et comme je n'y ai pas d'intérêt, je trouverai toujours que vous avez bien fait. Adieu, mon cher ami.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que j'ajoute encore, c'est que je regrette Madame de Tourvel; c'est que je suis au désespoir d'être séparé d'elle; c'est que je paierais de la moitié de ma vie le bonheur de lui consacrer l'autre. Ah! croyez-moi, on n'est heureux que par l'amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 5 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;/div&gt;</content>
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    <title>Lettre CLIV: Madame de Volanges à Madame de Rosemonde</title>
    <published>2006-12-05T10:30:05Z</published>
    <updated>2006-12-05T10:30:05Z</updated>
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    <content type="html">Les bulletins vous instruisent mieux que je ne pourrais le faire, ma chère amie, du fâcheux état de notre malade. Tout entière aux soins que je lui donne, je ne prends sur eux le temps de vous écrire qu'autant qu'il y a d'autres événements que ceux de la maladie. En voici un, auquel certainement je ne m'attendais pas. &lt;a name="cutid1"&gt;&lt;/a&gt;C'est une lettre que j'ai reçue de M. de Valmont, à qui il a plu de me choisir pour sa confidente, et même pour sa médiatrice auprès de Madame de Tourvel, pour qui il avait aussi joint une lettre à la mienne. J'ai renvoyé l'une en répondant à l'autre. Je vous fais passer cette dernière, et je crois que vous jugerez comme moi que je ne pouvais ni ne devais rien faire de ce qu'il me demande. Quand je l'aurais voulu, notre malheureuse amie n'aurait pas été en état de m'entendre. Son délire est continuel. Mais que direz-vous de ce désespoir de M. de Valmont? D'abord faut-il y croire, ou veut-il seulement tromper tout le monde, et jusqu'à la fin?&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt; Si pour cette fois il est sincère, il peut bien dire qu'il a lui-même fait son malheur. Je crois qu'il sera peu content de ma réponse: mais j'avoue que tout ce qui me fixe sur cette malheureuse aventure me soulève de plus en plus contre son auteur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adieu, ma chère amie; je retourne à mes tristes soins, qui le deviennent bien davantage encore par le peu d'espoir que j'ai de les voir réussir. Vous connaissez mes sentiments pour vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="right"&gt;&lt;i&gt;Paris, ce 5 décembre 17**&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div align="left"&gt;&lt;small&gt;1 C'est parce qu'on n'a rien trouvé dans la suite de cette correspondance qui pût résoudre ce doute, qu'on a pris le parti de supprimer la lettre de M. de Valmont&lt;/small&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
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